Un nouveau chapitre

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2 février 2020. C’est fou comme janvier m’a semblé indécemment long. Je me demande : est-ce qu’on peut encore dire « Bonne année » ? En soi, il y a 365 jours dans un an… 366 en cette année bissextile… le souhait de passer des jours heureux me semble encore pertinent même au delà des premiers jours de janvier. Soit. Le début de cette nouvelle année a été aussi éprouvant que la fin de la précédente. Un mouvement continu et inflexible qui a emporté avec lui un bout de moi. Que signifient alors ces mots d’usage ? « Bonne année ». Beaucoup trop d’instants dans ce laps de temps défini, beaucoup trop pour qu’ils soient tous bons dans leur intégralité.

Janvier a été synonyme de perte. Mon papa s’en est allé. Une vie nouvelle, une pièce manquante. Jusqu’aux adieux des funérailles, je logeais dans une bulle en dehors de la réalité. Un cocon dans lequel plus rien n’avait d’importance sinon mon père, ma famille, mes émotions. Une fois sortie de cette bulle, remise sur les rails de l’habitude, une question revient sans cesse. Sur toutes les lèvres, peut-être mécaniquement, elle s’impose à moi et me donne le sentiment d’attendre une réponse que je ne peux trouver… « ça va? ». Que dire ? Comment exprimer en peu de mots les sentiments, parfois équivoques, parfois contradictoires, qui se mélangent en moi ?

Pour être honnête, je vais bien. Globalement, je vais bien, oui. C’est troublant peut-être mais la vie a repris son cours, les obligations aussi. Je n’ai pas beaucoup de temps pour penser, pas beaucoup de place dans mon esprit. Le travail nous installe dans une routine, nous vide de notre temps. C’est indéniable. J’aime tout ce que je fais et je me nourris précisément de nouveaux défis, de nouveaux projets. Mais je me sens prisonnière des heures qui passent. J’ai besoin de paresse. Besoin de me repaitre d’humeur du dimanche en semaine. Sommes-nous condamné.e.s à perdre notre vie à la gagner ? Et si j’avais envie d’autre chose ? Je veux du temps, libre. Peut-être ai-je trop lu Thoreau et Giono. Peut-être oui.

Et puis soudain, sans crier gare, comme sortie de nulle part, la douleur me submerge. L’absence et le manque m’apparaissent clairement. J’entends cette chanson que j’aime, que j’écoute souvent pourtant. Celle qui me sert de sonnerie depuis bientôt trois ans. Et qui, comme un réveil assourdissant, me rappelle que lorsque mon téléphone sonnera, ce ne sera plus jamais mon père au bout du fil. Des détails. Des moments. C’est là que se nichent les petites habitudes, c’est là que vivent les souvenirs. Et alors, le train du temps s’arrête un instant. Une escale dans les tréfonds de mon âme, là où subsiste encore son écho. Le regard figé, un poids dans la poitrine. Puis mes larmes sèchent. La vie reprend et cette parenthèse, nécessaire, se referme.

365 jours… ou 366… Combien d’instants, et combien de parenthèses, s’y glisseront ? C’est dans les épreuves, presque autant que dans les rencontres, que je me suis construite. La douleur semble souvent insurmontable jusqu’au jour où elle devient une force. Je sais que la résilience est possible. Avec le temps – toujours le temps oui. Et avec l’espoir. Le bonheur, si volatil, n’est jamais acquis une fois pour toute. Il nous échappe souvent. Alors comment, sans l’étreinte de la douleur, pourrait-on le reconnaitre ?

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