Société

Trump, président : quand la vanne devient réalité.

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Ce matin, je me suis réveillée avec un sentiment désagréable. J’allumais ma télé en sachant que ce que j’allais voir n’allait certainement pas me plaire… et force est de constater que c’était effectivement le cas. Après une attente insoutenable, le verdict : Donald Trump est élu président des États-Unis. Non on n’est plus dans un épisode des Simpsons… This is happening for real. Le choc. Comme beaucoup, je n’étais pas partisane d’Hillary Clinton mais il me semblait évident que je ne pouvais être que contre ce clown caricatural de Trump. La peste ou le choléra qu’ils disaient… Moi j’aurais dit la grippe ou le choléra, et, à choisir, perso je préfèrais la grippe. Finalement, le résultat de ces élections a le même goût nauséabond que l’ensemble de la campagne, dont le niveau laissait déjà présager le pire. Et dire qu’on passe d’Obama, qui incarnait l’ouverture, la tolérance, le progrès et la modernité, à ce mec (qui incarne tout le contraire)… ça fait mal. Un businessman qui se retrouve à la tête d’un pays considéré comme le modèle capitaliste par excellence, c’est limite drôle quand même. Le problème, c’est qu’on ne dirige pas un pays comme on gère une entreprise. Et pourtant, on l’a élu précisément parce qu’il ne fait pas parti de l’establishment, considérant non seulement que les compétences politiques ne sont pas nécessaires pour exercer la fonction suprême, mais j’ajouterais également, qu’être un odieux personnage n’est au contraire pas rédhibitoire. Xénophobie, climato-scepticisme, misogynie… Voilà ce qui est à la mode aujourd’hui ! La société américaine n’était peut-être pas prête pour une femme, par contre pour un mec qui « grab them by the pussy » (j’ai préféré le mettre en anglais, je trouvais ça ««« moins »»» vulgaire), ça passe (sans mauvais jeu de mots).

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En faisant cette vanne, les gens ne s’imaginaient certainement pas qu’elle pourrait devenir vraie.

Un monstre créé par la société elle-même

J’ai vu beaucoup de personnes comparer Trump à Hitler. Sans tenir compte des idées, je vois se dessiner un trait commun à ces deux personnages, c’est vrai. L’un comme l’autre sont le reflet (partiel) de la société qui les a engendrés. Une société qui va mal et qui entraîne un contexte de crise, favorable à l’émergence d’idées, de valeurs, d’opinions cristallisées dans une personnalité charismatique clamant haut et fort qu’il est celui qui fera retrouver au pays et à ses habitants leur grandeur. Un discours populiste et démagogique que l’on retrouve aussi en Europe. On assiste un peu partout à un rejet du système politique traditionnel et les seules alternatives proposées sont ces politiques populistes qui font tomber les plus déçus dans le piège de leur mots démago, et ce, avec une facilité déconcertante. Parce que le fait est là : Hitler à l’époque, Trump aujourd’hui, ces gens sont élus de manière démocratique. Le processus électoral rend légitime le résultat, précisément parce que le processus électoral fait partie des fondements de la démocratie.

Posons-nous alors des questions sur la société que l’on désire. Blâmer les politiques, c’est facile (moi-même je le fais très souvent) mais ils n’obtiennent le pouvoir que par l’assentiment des électeurs. Ce n’est rien d’autre qu’un choix « démocratique ». Un choix contestable sur de nombreux points, tant sur l’idée-même de représentativité que sur le résultat, certes, mais un choix qui correspond à la sacro-sainte majorité. Un président est le reflet de la société qui le choisit. Il émerge parce que cette société lui en donne les moyens, nourrit ses ambitions et finalement légitime son discours en lui donnant accès au pouvoir. En fait, c’est la société qu’il faut blâmer, pas celui qui est censé la représenter. Si Trump a été élu, c’est parce que les conditions nécessaires à son avènement étaient présentes dans la société américaine. Cette dernière n’étant pas isolée puisque le délitement des sociétés et de leur caractère solidaire entraîne une montée des extrêmes partout dans le monde. Pas besoin de regarder aussi loin qu’outre-Atlantique pour voir ce phénomène, déjà bien présent en Europe. Ce n’est pas pour rien que Marine Le Pen s’est empressée de féliciter Trump pour sa victoire. Le dessein de l’avènement de l’extrémisme en Europe n’est plus si éloigné. Celui qui méconnaît l’Histoire est condamné à la revivre… L’Histoire on la connait bien et pourtant ça n’empêche en rien les Hommes de reproduire sans cesse les mêmes erreurs, persuadés qu’ils sont sur le bon chemin. C’est ça qui m’effraie le plus.

Résister, encore et toujours

Trump n’est donc pas le « mal », il n’est que la conséquence de la cassure que connaissent nos sociétés. Le racisme, la stigmatisation, l’homophobie, le sexisme,… ce n’est pas Trump qui les a inventés. Tous ces phénomènes sont présents dans la société américaine, tout comme dans la société européenne. Le contexte aidant – terrorisme, radicalisation, remise en question de l’identité – il devient facile de succomber aux charmes d’un discours qui accuse et qui sépare. On a le représentant que l’on mérite… Je ne doute pas que la tentation est grande pour beaucoup d’Américains, déçus de leur nouveau président, de fuir. Mais il est plus que jamais temps de rester et de résister. C’est une occasion pour la société civile américaine de se reconstruire, de s’unir, de se battre. Si l’on se repose sur un représentant politique pour changer la société, on peut attendre longtemps et surtout on sera déçu. Si on veut changer le monde, commençons par se changer soi-même. Plus que jamais, interrogeons-nous sur la nécessité d’éduquer nos enfants, nos jeunes (mais aussi nos moins jeunes, même si c’est plus compliqué de faire changer d’avis quelqu’un dont les idées sont déjà ancrées dans son esprit) à des valeurs de tolérance, de partage, de solidarité, d’ouverture, d’esprit critique, de débat…Oui je répète toujours la même chose et oui c’est MA vision de la société. Mais qui peut me dire qu’il n’est pas d’accord avec ces valeurs ? Les gens qui ont voté Trump vous allez me dire, oui peut-être… Mais sérieusement, y a-t-il un autre moyen pour contrecarrer le rejet de l’autre, la fermeture sur soi, la manipulation de l’esprit et autres dérives actuelles de nos sociétés, que de prôner ces valeurs positives ? Comme disait Antonio Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair obscur surgissent les monstres« . Il ne tient qu’à nous de faire en sorte qu’un nouveau monde enterre définitivement ces monstres. Difficile mais pas impossible…

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