Je veux être là pour moi

J’ai retrouvé un brouillon de texte datant de septembre dernier. J’y écrivais que le spleen était ce qui correspondait le mieux à mon état d’esprit. C’est surprenant. Surprenant à quel point je me sens différente aujourd’hui. Mes actes sont en accord avec mes pensées. Entre ce que je suis et ce que j’exhale, une harmonie s’est créée. Incontestablement, cela aura pris du temps. De longues étapes éreintantes et sinueuses. Mais au bout de cette route remplie de doutes, de peurs et de révélations, je me suis retrouvée.

* * *

Étouffer de ne pas être soi

Pendant des années, j’ai joué un rôle. Si bien rôdé, que j’ai fini par croire qu’il s’agissait de ce que j’étais véritablement. J’ai toujours ressenti un besoin de reconnaissance immense, comme si je cherchais désespérément l’approbation d’autrui, la validation que j’étais « assez ». Assez intelligente, assez belle, assez populaire, assez sociable, assez aimée. J’ai passé tellement de temps à construire et entretenir cette image. A vouloir briller. C’était ma priorité.

J’ai gardé enfermé mon « vrai moi » au fin fond de mon esprit, emprisonné dans une cage et bâillonné pour ne pas réveiller ma conscience. Mais parfois, elle réussissait à parler, à crier, à vouloir se révéler. Et dans ces moments, le spleen je l’avais. Je broyais du noir. Je pleurais beaucoup. Je m’effondrais, sans raison apparente. Mais en vérité, c’était mon « vrai moi », ma conscience qui montrait son désaccord avec mes actes. Ces périodes étaient indiciblement éprouvantes et me donnaient l’impression que le soleil ne remplacerait jamais la pluie. Mais ça finissait par passer, pour quelques temps. Et je reprenais cette routine fallacieuse, je remettais ce masque qu’inconsciemment je maudissais tant.

Mon quotidien consistait à réfléchir à la manière dont je pouvais recevoir toujours plus de reconnaissance. Et dans cette recherche désespérée, les réseaux sociaux sont bien souvent de cruels amis. Ils nous donnent cette vitrine pour nous exposer et recevoir cette attention virtuelle, ces likes qui nous droguent, nous endorment, nous rassasient temporairement (j’écrivais d’ailleurs ces mots à ce propos). A côté de ça, j’ai tissé bon nombre de relations qu’il me semblait impératif de cultiver. Il fallait que l’on m’aime, ou en tout cas que l’on aime l’image que je m’évertuais à renvoyer. Tel un politique qui va serrer des mains en campagne, je remplissais mon agenda de rendez-vous : il fallait que je me montre, il fallait que je brille. Je ne le faisais pas pour moi mais bel et bien pour les autres.

Si vous saviez le temps que j’y ai consacré. Moi je ne le sais que trop bien. Ce n’est pas que je n’appréciais pas les gens (pour la grande majorité en tout cas), mais c’est que ce n’était pas sain. Je vivais pour les autres et pour une image de moi qui ne correspondait pas à ce que j’étais. Je me sentais épuisée, vidée de ma substance. Mais telle la goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’était devenu trop. Quelque chose s’est produit, je ne peux pas trop mettre de mots dessus, mais soudain j’ai arrêté d’être cette autre personne. J’ai arrêté de porter ce masque.

Se rendre indisponible pour les autres

Depuis que j’ai commencé à ressentir des « problèmes de santé », j’ai progressivement commencé à m’isoler et à me recentrer sur moi. Parce que c’était difficile d’exposer mes peurs aux autres, mais aussi parce que c’était nécessaire de penser à moi d’abord. J’ai décidé de ne plus prendre tous ces rendez-vous qui me vidaient de mon énergie et de ma substance. J’ai décidé de dire non. De penser à moi, et cela sans aucun remord.

Dans mon dernier billet, j’écrivais cette phrase : « Des élans d’amitiés – peut-être fondés sur une image fantasmée de ce que je suis et de ce que signifie l’amitié – que je n’ai pas demandés et qui finissent par m’oppresser ». Je le répète, j’écris ces mots avec sincérité et bienveillance. On ne peut entretenir une infinité de relations. C’est ingérable et, finalement, malhonnête. J’ai simplement décidé de ne plus être disponible pour tout le monde. Et j’ai parfois la sensation qu’on me le reproche. Qu’on me culpabilise de pas être là dès que l’on me sollicite. Non, je ne veux pas vivre sous pression, ni celle de la sociabilité ni celle de l’immédiateté, et encore moins celle des gens.

Au fil du temps, je me suis rendue compte que la solitude me plaisait beaucoup. En prenant du temps pour moi, j’appréciais de plus en plus ma compagnie. Au-delà du pouvoir de l’introspection, une sensation de liberté m’envahit quand je suis seule. Bien que je sois sociable et que j’apprécie les nouvelles rencontres et les échanges humains, désormais je sais que j’ai surtout besoin de moments à moi. Les groupes ont toujours eu une tendance énergivore sur moi. La solitude me permet précisément de récupérer et de décupler cette énergie. Une indisponibilité qui passe aussi par le refus du diktat de l’instantanéité : je me réserve le droit de répondre quand je l’ai décidé. Sauf urgence, je veux prendre le temps. Je suis si loin de ces conversations rapides. Je privilégie la qualité à la quantité. Et je me suis souvent dit que si je devais répondre dans l’instant à chaque message que je reçois, j’y passerais ma journée. Et je m’y refuse. Il y a tellement à vivre dans la réalité.

Et puis, je reste persuadée que la majorité des gens ne me connaissent pas véritablement, qu’ils s’attachent à cette image fantasmée, ce masque que j’ai longtemps porté, cet écran de fumée qui m’entoure. Je me dis souvent que si la plupart des gens me connaissait réellement, s’ils réalisaient ce qu’il fallait supporter pour être ami.e avec moi – les changements d’humeur, les crises, le mauvais caractère, l’irritabilité, la mélancolie et j’en passe – ils partiraient en courant ! Non pas que je n’aie que des défauts (j’ai plein de qualités je le sais et j’en suis fière !) mais le fait est qu’une amitié ne consiste pas simplement à se voir pour aller boire un café ni à faire la fête ensemble, non plus à s’échanger des blagues sur les réseaux sociaux. Ça ce sont des moments d’amitié. C’est agréable, c’est certain. Mais l’amitié, c’est tellement plus que des moments agréables.

Cultiver l’amour de soi

Tout cela peut paraitre ingrat – c’est précisément pour ça que j’ai l’impression de devoir mettre toutes les formes pour ne vexer personne. Mais c’est une réalité qu’il est nécessaire de nommer. Le fait est que je ne suis pas la gentille et douce amie qui serait à la disposition de chacun. Je m’appartiens et c’est mon droit de décider de ne pas être là pour tout ceux qui le souhaiteraient. Éteindre mon téléphone et ne penser qu’à ce que j’ai choisi de faire. Décider de suivre le cours de ma journée comme bon me semble. Faire de moi et de mon bien-être, une priorité.

Pour s’accepter, il est nécessaire de bien se connaitre, ce qui passe inévitablement par prendre du temps pour soi. Il ne faut pas compter uniquement sur les autres pour nous donner l’amour, la reconnaissance et l’estime dont nous avons besoin. Quand j’ai compris ça, tout a changé dans ma vie. Vraiment. Comme une lumière qui a grandi en moi. Ma valeur n’est pas le fruit du jugement extérieur, mais bien la manière dont je décide de me voir et de considérer ce que je suis. M’accepter, avec mes défauts et mes qualités, sans comparaison ni jalousie. Me (re)découvrir et apprendre à identifier ce qui est bon pour moi et ce qui ne l’est pas. Faire preuve d’un certain égoïsme peut être salvateur, vraiment.

Et quand je parle d’égoïsme, je ne parle pas d’individualisme. Je ne parle pas de penser à soi sans penser aux autres, mais bien penser à soi pour pouvoir se penser avec les autres. Dans le cadre d’un cheminement personnel, réussir à identifier nos valeurs, nos envies et surtout nos besoins, pour ne pas être une personne que l’on n’est pas. Pour ne pas être une image attendue ou définie par les autres. Être le maître de ses pensées et de sa vie, cela bien sûr dans le respect et la bienveillance. Se reconnecter avec soi-même est précisément le meilleur moyen de se reconnecter aux autres.

Il m’aura fallu 24 ans pour me (re)trouver et me comprendre. Accepter ce que je suis, ce dont j’ai envie, ce dont j’ai besoin. Ce fut long oui, mais finalement j’y suis arrivée. Là où d’autres n’y arriveront peut-être jamais. Car ne nous leurrons pas. Qu’il est difficile de ne pas se conformer aux normes et impératifs sociaux. Qu’il est mal vu de dire « Non je n’en ai pas envie ». Qu’il peut surtout être effrayant de se retrouver seul avec soi-même. Face à soi-même. Mais lorsque l’on y parvient, lorsque l’on décide de s’écouter (et de s’entendre surtout), qu’il est doux et paisible de vivre. En paix et en harmonie. Ne plus rien attendre des autres, c’est devenir le maître de son destin. Chacun, nous sommes l’artisan de notre propre bonheur car c’est la vision que l’on a de notre vie qui la fait évoluer et qui la rend belle. Choisissez le positif, choisissez-vous.

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