Réseau, mon beau réseau, dis-moi qui est le plus beau ?

07h22. Je me réveille à peine. Premier réflexe ? Je prends mon téléphone. Avant même d’avoir mis un pied en dehors de mon lit. Je dois aller voir mon feed Instagram, regarder si j’ai de nouveaux likes, vérifier si j’ai reçu des messages, me rassurer de n’avoir rien manqué. Un besoin irrépressible. Et il n’est que 07h22. C’est donc ça l’addiction ?

* * *

Des articles et témoignages qui abordent le thème des réseaux sociaux, ou plus précisément de notre rapport à ceux-ci, j’en vois de plus en plus. Je crois que ce n’est pas un hasard. On sait. On sait que les réseaux, c’est pas la vraie vie, qu’on y passe trop de temps et que parfois ça peut nous faire du mal. On le sait. Mais on a du mal à décrocher.

#Addiction

J’ai cette envie permanente de saisir mon téléphone. Même sans y penser, je veux dire, machinalement, je le déverrouille et je le regarde. C’est même plus mental, c’est physique je crois. Il est devenu une partie de moi, un prolongement. Ce qui peut sembler paradoxal lorsqu’on sait que je chéris ma liberté. J’aime, par exemple, ne pas me sentir obligée de répondre dans la minute aux messages que je reçois. Et pourtant je ressens un besoin, celui de me tenir au courant.

Mais au courant de quoi en fait ? Que Untel a été à Paris hier, que L’autre a un chat trop mignon qui se couche sur son pc et qui l’empêche de travailler awww, que Machin a acheté une nouvelle robe absolument magnifique, que Truc a mangé un smoothie bowl so healthy… J’ai lu quelque part qu’on appellait ça FOMO : Fear of Missing out ou la peur de rater quelque chose. Comme si notre vie dépendait de ces minuscules moments photographiés étalés à l’infini sur nos écrans. Alors que… vous le pensez aussi… non évidemment, tout ça est futile et n’est, aux dernières nouvelles, pas nécessaire au fonctionnement de notre système respiratoire.

J’en ai conscience, mais je continue de faire défiler la vie des autres (ou en tout cas ce qu’ils en montrent, mais ça on y reviendra après) du bout de mon pouce. Et j’ai aussi conscience du temps que je perds à le faire. Je scrolle, je scrolle, je scrolle. Comme hypnotisée, vraiment. Parfois je me surprends même à me dire « Bon allez encore un dernier coup d’œil puis j’arrête » sans que mon doigt ne puisse cesser de glisser sur l’écran de mon téléphone. Hypnotisée je vous dis. Le problème, c’est que ce temps passé sur les réseaux, c’est du temps qui n’est pas passé à faire autre chose. Logique.

Au-delà des conséquences négatives, pour notre travail ou nos études par exemple, liées à cette difficulté qu’on a de se concentrer sur une tâche sans que notre esprit ne nous souffle de regarder notre téléphone, « juste deux petites minutes », il y a cette désagréable sensation de culpabilité, de honte qui nous assaille. Je connais bien ce sentiment, lorsque je passe des heures à vagabonder sur les réseaux sociaux plutôt que d’écrire tous les articles qui me passent par la tête, à comparer ma vie à celle que les autres me montrent plutôt que de consacrer mon énergie à la rendre meilleure.

#Comparaison

Ce réflexe de comparaison, on le connait tous je crois. Ça n’a pas attendu l’apparition des réseaux sociaux en fait. Je pense que ça fait partie de l’être humain de sans cesse penser que l’herbe a l’air vachement plus verte ailleurs. Je suis au courant de ce mécanisme et je suis consciente que les apparences ne reflètent pas toujours la réalité, voire très rarement sur les réseaux sociaux. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser : « Pourquoi moi je voyage pas plus ? Pourquoi moi je mange pas plus équilibré ? Pourquoi moi j’ai pas un chat ? ». Je me sens frustrée, même si c’est au-delà de ma raison, je ne vis pas bien ce prétendu bonheur des autres.

Je dis « prétendu » parce que nous sommes au royaume de l’image. Une image qui ne représente qu’une réalité partielle, sublimée voire déformée. On ne montre pas notre quotidien, on montre ce qu’on a envie que les autres voient, c’est différent. On se construit un personnage et on entretient l’image qu’on souhaite donner aux autres. Ce personnage, cette image, ne sont pas inventés de toutes pièces. Non. Ils sont une partie de nous, quelques facettes de notre personnalité, savamment dosés pour apparaître sous notre meilleur jour aux yeux du monde. Quel meilleur allié que les réseaux sociaux pour mener à bien cette mission ?

La vie n’est pas composée que de moments heureux et magiques, ça se saurait. Mais le fait est que c’est ceux que l’on souhaite immortaliser au travers d’une image postée. Comprendre que personne n’a une vie parfaite, c’est une chose. Mais ne pas sous-estimer sa propre vie en faisant défiler son feed Insta, c’en est une autre. Instagram, plus encore que Facebook par exemple, c’est fait pour vendre du rêve, c’est indéniable. Soyons honnêtes, on veut que les autres nous envient autant que nous les jalousons. Moi aussi je me plie à cette norme. Et puis j’attends, j’espère même, un retour, comme l’approbation que ce que j’ai partagé est digne d’être envié.

#Validation

Oui parce que, faut savoir, poster une photo, c’est toute une épreuve. « Et si ma photo n’a pas assez de likes ? Peut-être que les gens ne vont pas la voir à cette heure-ci ? Peut-être que je devrais attendre et la poster à un autre moment non ? ». Sur l’instant, j’ai l’impression que c’est la chose la plus importante dans ma vie : que les gens m’aiment, ou plutôt qu’ils aiment ma photo (ce qui en fait n’est sensiblement pas la même chose mais on tend souvent à le croire). Un besoin d’amour virtuel, si on peut l’appeler ainsi. Si vous saviez combien d’heures j’ai gaspillées non seulement à faire des photos, mais aussi à réfléchir aux stories que je devais publier, aux blagues que je devais faire, aux messages auxquels je devais répondre avant de poster quoi que ce soit sinon les gens le prendraient mal et ne likeraient pas mes photos. Obsessionnel.

Je ne dis pas que ce n’est plus le cas maintenant, loin de là. Mais je crois que l’année 2017 fût probablement la pire et paradoxalement celle qui a vu mon nombre de followers grimper considérablement. Forcément. « Travailler plus pour gagner plus »….  Une sorte de capitalisme social où le salaire, c’est la reconnaissance virtuelle, des « je t’aime » factices, instantanés, qui s’évaporent bien vite, obligeant à répéter l’opération de plus en plus souvent. Croyez-moi, j’y ai laissé quelques plumes. Quelques larmes aussi. Et pourtant, je continue. Certes, depuis le début de l’année 2018, c’est moins, d’aucun parleront de bonnes résolutions. Mais ces pulsions sont toujours là. Celles qui me chuchotent « publie quelque chose, allez. N’importe quoi, un selfie, un peu d’humour, un peu de musique,… peu importe mais publie. Sinon ils vont t’oublier. Ils vont tous t’oublier ». Comme si ma propre existence dépendait de ma présence sur les réseaux sociaux. Je suis là à fixer l’écran de mon téléphone dans l’attente désespérée d’une reconnaissance temporaire. 

Pourtant, je le répète, il ne s’agit là que d’une image, une image que l’on construit, qui ne montre qu’une partie – parfois infime pour certains – de ce que nous sommes. J’existe en dehors de ça. Même dans cette banalité qui n’apparaît pas sur vos écrans, j’existe oui. Mais le pire, c’est que je n’arrêterai pas d’en douter, je le sais. Même après avoir écrit toutes ces phrases, je le sais.

#Conclusion

Je crois vraiment que la seule solution pour être totalement libérée de cette emprise, ce serait de quitter les réseaux purement et simplement. Mais je ne suis pas vraiment prête à renoncer à tout. Et puis ce serait, me semble-t-il, jeter le bébé avec l’eau du bain. Alors, quitte à devoir accepter ma condition « d’esclave 2.0 », je continuerai à m’efforcer d’être différente, à espérer transcender la superficialité inhérente aux réseaux sociaux, en essayant de tourner cette addiction en dérision. Et surtout, je ne cesserai de me rappeler que ma vie ne se limite pas à tout ça. Qu’il y a un monde en dehors des écrans, des gens à qui je tiens, des endroits où je me sens bien. J’ai envie de profiter de tout ça, en réprimant cette pulsion qui m’ordonne de prendre une photo de ces moments et de la partager sur les réseaux pour dire « Regardez, j’ai une vie ». Parce qu’au risque de paraître quelque peu candide, ce n’est pas avec un appareil photo qu’on capture le mieux ces moments, non. C’est en les vivant, à travers ce que l’on voit, ce que l’on sent, ce que l’on ressent. C’est avec notre esprit, il n’y a pas de doute là-dessus.

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